[center]GESTION DE BANKROLL[/center]
De niveau débutant, intermédiaire, ou pro, il est vital pour tout joueur de poker d'avoir une gestion stricte de sa bankroll. Un débutant qui ne gère pas ses ratios pertes/profits correctement restera un fish toute sa vie, et un pro qui n'a pas de gestion de bankroll n'existe pas.
1. « Bankroll ? Woat iz dat ? »
Il s'agit de votre budget-poker, de votre tirelire en quelque sorte. Lorsque vous en définissez le montant la première fois, vous devez la considérer à partir de cet instant comme votre bébé : vous devez en prendre soin et l'élever du mieux que vous pouvez. Parfois elle piquera quelques crises (lors de badruns par exemple), mais ce n'est pas pour autant que vous devrez l'envoyer s'exploser contre un mur. Votre bankroll est tout pour vous, ou plutôt tout pour le joueur de poker que vous êtes. Pas de bankroll, pas de bon poker.
C'est ce capital qui vous dictera sur quelle limite jouer sans prendre le risque d'être broke, ruiné. C'est lui qui vous indiquera si vous êtes prêts à passer au niveau supérieur, ou si au contraire vous vous surestimez et qu'il est temps de jouer sur des tables réputées plus faibles. Votre bankroll servira tout simplement à absorber les périodes de malchance ou de mauvaise passe dans votre jeu ; même en perdant de l'argent vous pourrez toujours continuer à jouer au poker sans taper dans vos comptes personnels, et sans la pression de l'enjeu.
2. Ce n'est pas la taille qui compte…
La taille de votre bankroll n'a pas toujours à voir avec le niveau de jeu de chacun (même si cela est souvent lié) : un pauvre étudiant qui peut seulement se permettre de jouer en NL5 peut très bien être plus talentueux qu'un riche héritier qui se plait à gambler des liasses de 500€ en NL10000. La taille de votre bankroll initiale dépend donc de votre budget loisir général et de l'aventure-poker que vous avez envie de vivre. Définissez tout d'abord quel joueur vous êtes.
3. Une bankroll oui, mais pour qui?
Certain pour qui le poker reste un loisir occasionnel auront pour BK (diminutif de « bankroll ») l'argent qu'ils accordent à leurs divertissements. Ils jouerons par exemple 40€ par mois comme d'autres préfèreraient aller une fois par semaine au cinéma. Ceux là n'ont pas de BK très conventionnelle puisque s'ils perdent… ben c'est pas grave, et s'il gagnent… Ben ils pourront emmener leur petite famille au resto ce mois-ci. C'est une façon de gérer sans « prises de tête » qui peut se comprendre, mais ces joueurs là n'auront aucune chance de s'améliorer puisqu'ils ne pourront jamais augmenter de limites. Mais de toute façon ils s'en fichent, ils jouent juste pour le fun.
D'autres veulent s'investirent un peu plus dans le poker. Ils veulent le jeu, mais aussi tout ce qui se passe autour. Ils veulent progresser, monter de limite et se faire plus d'argent. Mais pour cela leur bankroll doit-être à la mesure de leurs ambitions. Si vous faites partie de ces joueurs là, définissez un capital auquel vous ne toucherez pas. Au lieu de dépenser 10$ par semaine, économisez pendant 6 mois et partez d'une bankroll assez consistante de 240$. Si vous ne pouvez bloquer que 50$, et bien bloquez-les, vous partirez de plus loin certes mais la route est loin d'être impossible. Il y a le cas de ceux qui viennent de gagner un tournoi à 5$ (chattards) sans aucune motivation autre que le plaisir, mais qui veulent maintenant se lancer dans l'aventure et grinder. Vos gains serviront aisément comme capital de base.
Il n'y a qu'avec une gestion de bankroll saine que vous progresserez et monterez de limite. C'est sûr qu'il peut être lassant de devoir commencer en NL2 (en cash game, le chiffre après « NL » correspond au montant maximal que l'on peut déposer à la table – correspondant le plus souvent à 100x le big blind-. Ici, NL2 = blinds 0,01-0,02, tapis de $2) où le jeu n'est pas à la hauteur de vos espérances. Mais considérez ce passage comme nécessaire, et si vous avez réellement un niveau bien supérieur à cette limite, vous ne tarderez pas à gonfler suffisamment votre bankroll pour en changer.
4. Quelles limites pour quelle bankroll ?
Nous arrivons au point le plus intéressant de cet article. Il faut avoir une gestion saine de votre bankroll, j'espère que vous en avez compris les enjeux, et maintenant nous allons voir quelles sont les règles à respecter pour que tout se passe bien.
Ci-dessous se trouve le tableau récapitulatif des façons de jouer au poker les plus répandues. On distingue essentiellement 3 grandes catégories : les Sit&Go, les tournois, et le cash game. Les catégories Sit&Go et Tournoi sont subdivisée en sous parties, parce qu'il existe plusieurs sortes de Sit&Go et tournois nécessitant un nombre de buy-in différent. Le cash-game quant-à-lui n'a pour variété que le nombre de joueurs présents à la table (full ring ou short-handed), ce qui n'a que peu de conséquences directes sur le nombre de buy-in nécessaires.
Le nombre de buy-in requis dépend donc essentiellement de la variance (facteur chance) à laquelle est soumise telle ou telle variante du jeu ; ainsi des Sit&Go « standards » à $11 nécessiteront en théorie une bankroll moins élevée que des Sit&Go « turbos » à $11.
Lorsque vous vous fixez une bankroll initiale, essayez de vous définir une ligne de conduite. Si vous décidez d'être très prudent, restez sur 200 buy-in pour jouer des MTT, quelque soit le palier où vous êtes, mais ne vous dites pas du jour au lendemain « je passe en gestion raisonnable, avec 100 buy-in nécessaires ».
5. Tenez vos comptes
Qui dit gestion de capital dit forcément tenue des comptes. Vous devez noter tous vos résultats, bons comme moins bons, et avoir une idée précise de votre bankroll à l'instant T et de la limite à laquelle vous progressez.
Servez-vous d'un logiciel comme Excel et gérez votre bankroll comme un véritable comptable. Cela peut paraître fastidieux, mais c'est nécessaire à une gestion saine de votre bankroll. N'omettez pas de noter vos pires résultats, même ceux qui vous font honte lorsque vous avez envoyé 10 caves en pur tilt. L'essentiel est d'avoir une bankroll à jour de tous vos résultats, quels qu'ils soient.
6. Quand monter / descendre de limite ?
Attention, si vous jouez le plus souvent en MTT et que vous faites grossir votre bankroll initiale de $200 à $1000, et qu'il vous vient l'idée de vous mettre au cash game, il serait suicidaire de vous installer directement en NL50. Vous devez adapter votre limite à votre bankroll, mais aussi à votre niveau. Dans cet exemple, débutez en cash game en NL10 et passez les limites au fur-et-à-mesure que vous progresserez. C'est le premier point important de ce chapitre, ne montez pas de limite si vous ne vous sentez pas à l'aise dans celle où vous êtes actuellement.
Dans les rooms online comme en casino, plusieurs limites de jeu vous sont proposées. Sur internet il y en a pour toutes les bourses quasiment. Si, par exemple, vous décidez de jouer exclusivement en cash game short-handed, regardez quels sont les limites que propose votre room préférée. Le plus souvent NL2, puis NL5, NL10, NL25, NL50 etc. Il s'agit de votre ligne de progression. Continuons avec notre exemple. Vous avez $100 de capitale de départ ; 100/50 = 2. Votre limite actuelle (prudente) est la NL2. Votre objectif est donc de perdurer dans cette limite, de vous sentir à l'aise, de devenir meilleurs que vos adversaires, et bien sûr à moyen terme de monter en NL5. Pour cela, il vous suffit d'atteindre une bankroll correspondante à la NL5 : 5 x 50 = 250. Vous devez donc atteindre les $250 de capital pour atteindre ce palier.
Ceci fait, il y a plusieurs façon de procéder : vous pouvez vous accorder un certain nombre de « pertes raisonnables » comme 10 buy-in par exemple. Si à $250 de bankroll vous perdez 10 caves d'affilée en NL5, c'est que vous n'êtes pas encore prêt pour cette limite ou alors que vous venez d'essuyer un période de malchance. Dans les deux cas vous devez redescendre à votre limite précédente, ici en NL2. Pas de honte à avoir, pas de place à l'ego, on passe tous par là sans arrêt. Il faut un peu de temps pour s'adapter au niveau supérieur. Avantage : vous vous laissez une période de transition sur la nouvelle limite. Désavantage : lorsque vous avez perdu le nombre de buy-in fixé avant de redescendre de limite, vous devrez attendre un peu avant de vous reconstituer une bankroll pour rejouer de nouveau sur ce palier ; et cela est souvent frustrant.
Une autre façon de procéder et de vous fier à votre bankroll à la virgule prêt. Vous avez $255 de bankroll, vous passez en NL5. A la fin de votre première session dans cette nouvelle limite vous venez de perdre $10, vous vous retrouvez à $245. Vous pouvez décidez alors de redescendre en NL2 le temps de reprendre ces $10. Avantage : cela confère beaucoup de sécurité et de prudence à votre bankroll. Désavantage : vous n'aurez pas tellement le temps de vous familiariser avec cette nouvelle limite si jamais vous perdez un buy-in assez vite. Vous prendrez pied dans cette limite seulement si vous êtes dans une bonne période.
7. Comment augmenter sa bankroll ?
Pour commencer, « comment ne pas se broke ? » devrait-être votre premier soucis. Pour cela, rien de bien sorcier : gérez votre bankroll avec prudence et aussi sainement que possible, soyez solides mentalement, et n'hésitez pas à descendre de limite si le besoin/capitale se fait sentir.
Il est plus facile de se broke que de monter de limite. On peut mettre quelques mois pour passer au palier supérieur et tout perdre en une heure en pur tilt. Soyez vigilant.
Pour faire grossir votre bankroll, il vous suffit d'être plus fort que les joueurs de votre limite et de leur prendre plus d'argent que vous leur en donnez. Simple non ? Ben… Non. Lisez des articles/livres/forums stratégiques, regardez des vidéos en adéquation avec votre limite (il serait insensé de regarder/essayer de comprendre/reproduire une video de stratégie en NL1000 alors que vous progressez en NL2. Cela paraît logique, et pourtant…).
Enfin, une fois que vous aurez une bankroll assez consistante pour cela (entre $200 et $500), faites le mercenaire et passez de room en room pour profiter des bonus avantageux. Ne vous inscrivez pas n'importe où pour autant, renseignez-vous auprès des membres du forum qui vous aiguillerons sur la marche à suivre. Certaines rooms sont plus avantageuses que d'autres et il serait dommage de perdre du temps sur un bonus qui ne correspond pas à votre limite.
8. Bankroll Live et/ou bankroll online ?
Beaucoup de joueurs ont une bankroll online très bien structurée et une bankroll live souvent inexistante. Cela s'explique essentiellement par les limites proposées en live et notamment en casino. Ces derniers par exemple proposent au minimum des tables de NL200 (blinds $1-$2), ce qui demande une bankroll « raisonnable » de $4000. Il n'est pas donné à tout le monde de pouvoir s'accorder un premier capital de $4000 pour jouer au poker.
Très souvent, les joueurs qui ont une bankroll moyenne sur internet ne vont au casino qu'exceptionnellement, comme les joueurs que nous avons vu dans le chapitre 3, qui font du poker un loisir occasionnel. A ceci prêt que les joueurs online se trouvent souvent plus expérimentés et meilleurs que ces riches gambleurs de casino. Ce n'est pas pour autant qu'il faut cashout votre argent d'internet pour jouer underrollé (en dessous de ce que votre bankroll permet) en live.
Les « pros » qui joue en live sont le plus souvent des joueurs qui ont monté une belle bankroll online. Ils peuvent dorénavant se permettre de jouer en casino. Et oui, on peut avoir une bankroll live et une bankroll online, ou une seule et unique bankroll pour les deux (à condition que celle-ci soit suffisamment étoffée bien sûr).
9. Témoignage
« J'ai commencé le poker en jouant online en play money. J'ai vite compris que pour progresser il fallait que je me tourne vers le jeu en argent réel, alors j'ai commencé par déposer $10 sur une room online. Sans le savoir j'avais une certaine notion naturelle de la gestion de bankroll, puisque je voulais jouer sur les Sit&Go les moins cher qui soient. La room sur laquelle j'étais proposait au minimum des SNG $1,10. Encore trop cher pour mon capital mais je ne le savais pas encore.
J'avais lu un ou deux livres de stratégie sur le poker ce qui m'instruisit les bases. J'avais les connaissances minimums pour survivre et être même légèrement gagnant sur cette limite. Je suis donc monté entre $30 et 50$. Là j'ai décidé de passer directement à la vitesse supérieure en jouant les SnG 5$. L'appât du gain sûrement. J'ai perdu mes premiers SnG et suis vite retombé à mon capital de départ : $10. Mais je me sentais à la hauteur et j'ai donc continué à joué hors bankroll sur les $2,2. Après tout je pouvais vite remonter, il suffisait d'en gagner deux ou trois ! C'est comme ça que je me suis broke la première fois.
J'ai renouvelé cette expérience plusieurs fois après, déposant $10, grindant sagement les $1,10 et perdant tout de nouveau en tentant directement les 5$. Entre temps je suis arrivé à l'association Lyon Hold'em, c'est ici que j'ai pris mes premiers vrais conseils sur la gestion de bankroll. J'avais donc décidé de gambler mes derniers 5$ sur Pokerstars et après cela de repartir avec un vrai capital et de me tenir à une gestion stricte. Gros coup de chance et/ou gros coup de pouce du destin, mes derniers 5$ me servirent à arriver deuxième d'un $4,40 180 joueurs pour $140. Cette somme me servi alors de capital unique.
Depuis je n'ai jamais touché à mon compte bancaire pour déposer de l'argent sur une room. J'ai suivi scrupuleusement les conseils que l'on me donnait sur le forum ou dans des articles sensés, et j'ai grindé ma bankroll lentement mais sûrement. A $400-$500 j'ai commencé la chasse au bonus, bien conseillé par un membre du forum. J'ai pu doubler ma bankroll assez vite grâce à cela. En parallèle je continuait à faire progresser mon poker sur les forums, par les videos etc.
Cela fait maintenant un an et demi que je suis sur le forum et ma bankroll est aux alentours de $4,000. Elle devrait d'ailleurs être bien plus conséquente si je n'avais dû retirer de l'argent deux-trois fois. Je suis loin d'être un professionnel, mais je tire une pleine satisfaction d'en être arrivé là. J'en serais toujours à déposer de l'argent tous les mois et à être un joueur perdant si je n'avais pas décidé de prendre sérieusement en main mon capital. Maintenant je peux jouer des MTT à $30 sans aucun complexe et ressent un réel plaisir à jouer au poker tout en gérant ma bankroll ».
A lire aussi le Témoignage de Vargass :
http://www.lyonholdem.com/Forum/topic5088.html